Lorsque je voyage, j'observe le comportement des personnes des autres pays pour me rassurer
ou me conforter dans l'idée que je me fais de la mentalité française. Peut-on parler d'une mentalité française ? C'est bien là la question. Il y a des comportements que je n'ai jamais pu
supporter et je me demande sans cesse si c'est imputable à la mentalité d'un pays ou au genre humain.
Un exemple typique étant le comportement au volant. Je ne supporte pas l'ambiance qui règne
dans les villes à cause de la circulation. La vitesse, la dangerosité, les gens agressifs. Ceux qui préfèreraient t'écraser plutôt que de te laisser passer alors que tu es sur un passage piéton.
Ceux qui te collent, klaxonnent, gueulent pour 5 secondes de perdues. A croire que les gens ne se supportent pas. On est en ville, on est nombreux et il existe donc des règles pour régir tout ce
petit monde, pour rendre la vie en société plus facile. Et non, il y en a qui ne peuvent pas s'y conformer, et qui contribuent à la mauvaise ambiance régnante. Ce plaisir d'outrepasser les
règles, ce n'est pas un peu typiquement français ?
En Angleterre, je me souviens que le respect des règles est tel qu'il peut être dangereux pour un Français habitué à traverser n'importe comment. Les Anglais laissent passer aux passages piétons
et quand c'est vert. Sinon, c'est à eux, donc, le gars (le touriste français, quoi) au milieu de la route qui n'a rien à faire ici, il se met en danger. Par contre, quand c'est vert
pour les piétons, on peut traverser en toute sécurité. Idem aux Etats-Unis. En Suisse, pareil. A peine tu approches le passage que les voitures sont déjà arrêtées. Pour eux, c'est
normal.
Je n'ai pas non plus vécu 10 ans dans ces pays. J'y ai constaté des exceptions bien
sûr, mais j'ai eu l'impression que le respect des règles était beaucoup plus évolué qu'en France.
Voici un exemple des nombreuses questions que je me pose. Je suis française, mais suis-je
faite pour ce pays ? Suis-je en accord avec tout ce qui fait la France ? Où est ma place ?
Je me suis battue pour me faire une place à mon travail. J'ai pris sur moi, j'ai enduré les
sales réflexions, j'ai appris à me défendre ou j'ai pris mes distances, je suis parvenue à faire le tri parmi toutes les tâches qu'on essayait de m'attribuer. J'ai réussi peu à peu à valoriser
mon poste.
Mais il reste encore tant à faire ! Certains n'accepteront jamais que je n'aie pas voulu me plier à toutes leurs exigences.
D'autres ont du mal avec certaines choses que je leur fais faire.
Et dans ce milieu où mon profil diffère de celui des autres, je n'ai pas toutes les armes
pour me défendre. Avec tout ce qu'il s'est passé, je suis devenue très susceptible. Certaines choses ne passent plus.
Je me demande donc si cela en vaut la peine. Par fierté, je n'ai pas voulu céder, partir,
démissionner (dans les deux sens du terme). Mais l'air de rien, j'ai morflé. Et pourquoi ? Pour un milieu où mon profil plutôt littéraire ne sera jamais reconnu ? Pour un secteur assez fermé et
pas forcément en accord avec mes convictions ?
Elle est où ma place, en fait ?
Je n’y ai absolument pas pensé quand je suis descendue dans ce sous-sol, entourée de tout ce
monde. Quand je me suis dirigée dans cette salle sans fenêtre, après avoir traversé un couloir et une autre pièce. Quand je me suis assise au milieu des autres.
Les sièges étaient serrés. Très enfoncés dans le sol. Il ne se passait rien. On attendait que tout
le monde s’installe.
Et l’angoisse est arrivée.
Cette sensation d’étouffer.
Je regardais autour de moi, me retournais encore et encore, me disant qu’il y avait encore un
paquet de monde qui devait s’installer, qu’on allait être très nombreux dans cette petite salle au sous-sol, loin de l’air, de l’espace.
Je commençais à paniquer. A avoir envie de fuir. Un seul siège seulement me séparait de l’allée,
de la liberté, de l’échappatoire. J’ai failli demander à la personne qui l’occupait d’échanger sa place avec la mienne car je ne me sentais pas bien. J’étais prête à prétexter des nausées,
n’importe quoi, pourvu que je sois près de l’allée. De la sortie. De l’espace.
Puis les gens ont cessé d’arriver. La salle ne s’est finalement remplie que d’une petite moitié.
L’animation a commencé, et a capté toute mon attention. Je n’irais pas jusqu’à dire que je me suis sentie super à l’aise d’un coup, mais je n’avais plus cette angoisse qui me
serrait.
A la recherche d'une robe pour une occasion, je parcours les magasins et entre dans l'un d'entre eux. Je fais
le tour en prenant mon temps et entre dans une cabine avec ma sélection. J'enfile la première robe, prise un peu par hasard, au dernier moment. Je sors de la cabine histoire de voir ce que ça
donne et me pose devant le miroir.
Et là, petit bonheur : les clientes d'à côté qui s'exclament que la robe me va vraiment très bien et me font tout un tas de compliments. Comme ça, gratuitement.
Je fais ma modeste et retourne dans la cabine essayer les autres robes. Puis réessayer la première.... Que j'ai fini par acheter !
...alors que mon cerveau m'envoit des signaux d'alerte : attention, un enfant va se précipiter sur toi pour te
coller sa bave en pleine figure ! Enfin, quand je dis bave... Il y a aussi morve, restes de nourriture... ou tout en même temps !
Les parentsveulent éduquer leur enfant à dire bonjour et au-revoir. C'est bien.
Mais quand leur progéniture en est encore au stade "morveux"... Comment dire... Se serrer la main, c'est pas mieux ?
Non ?
Ah mais j'oubliais. Les parents.
Ceux à qui il faut obéir. Ils ordonnent à leur enfant d'aller me dire au-revoir, et l'air de rien, m'ordonnent également de me laisser faire.
Et ceux pour qui un bisou de leur enfant représente un cadeau suprême.
Comment leur expliquer ?
Sauf cas particuliers, je n'explique pas. Je me prépare à l'attaque... Etj'ai trouvé plusieurs esquives : - dire au-revoir avec la main, les enfants adorent en plus (comme quoi j'ai quand même de vagues notions sur leur fonctionnement). - si le bisou est obligatoire, prendre les
devants et leur coller un bisou sur le front (zone en général sans risques) sans les laisser s'approcher davantage.
Comme les enfants n'aiment en général pas trop devoir dire au-revoir/bonjour à des adultes qu'ils ne connaissent pas ou peu, ils n'insistent pas. Eh oui, je leur fais même plaisir en leur
permettant d'échapper à la corvée ! Alors qui a dit que je n'aimais pas les enfants ?
Je profite de mes 30 secondes de connexion à Internet pour pousser un cri :
J'EN AI RAS LE C** DE CETTE FREEBOX DE M**DE !!!!!!!!!!!!!!
Pour 29,99 euros par mois, j'ai droit à 30 secondes de : - connexion Internet - communication téléphonique - visionnage TV
Après, pouf, terminé : - la page ne s'affiche plus - je raccroche à la gueule de mon/ma correspondant(e) - je ne saurai jamais qui est l'assassin vu que l'image s'est figée pile poil au bon moment
Puis, pouf, ça se reconnecte, alors vite vite vite, tout faire avant que... Et non, trop tard...
J'appellerais bien la Hotline, mais je suis dégroupée, c'est balot.
Et puis de toutes façons, la Hotline Free, franchement... : - la plateforme est délocalisée à Perpète-les-Oies-Super-Loin-Parce-Que-Ça-Coûte-Moins-Cher donc c'est super : on comprend
rien, à cause des problèmes de communication longue distance et/ou de l'accent parfois assez marqué des techniciens (Indiens ?) - vont me faire faire plein de manips avant de me dire que c'est mon PC qui a un problème. La dernière fois que je les ai
appelés, si je les avais écoutés, j'aurais changé de PC alors qu'il m'a suffi d'appliquer un correctif pour que tout rentre dans l'ordre. - et s'ils font venir un technicien, qui c'est qui va payer alors que c'est leur Freebox de m**de qui déconne ??? - j'ai envoyé un e-mail et j'attends une réponse... Viendra ? Viendra pas ? En tous cas pour l'instant, malgré leur joli
phrase toute faite (un conseiller va vous répondre le plus rapidement possible), nada.
Bref j'écris cet article hors-ligne bien sûr, si vous me lisez c'est que j'aurai réussi à profiter d'un bref espace-temps me
reliant au monde pour le publier...
Je suis tombée surçatout à l'heure : un article basé sur le livre de Lois Frankel, Ces filles sympas qui sabotent leur carrière.
Le "problème que je croyais réglé depuis longtemps" auquel je disais avoir été confrontée dans mon article précédent rentrait tout
à fait dans ce cadre. Il revient régulièrement et me donne l'impression de tourner en rond.
Il me renvoie à mon manque de confiance en moi. Il n'y avait aucune raison que le problème soit réglé, car c'est à moi de changer mon comportement pour briser le cercle.
Et cette fois-ci, j'ai su réagir différemment (l'article que j'ai lu n'y est pour rien, c'est juste une coïncidence).
J'ai dit non clairement, sans attendre qu'on le dise pour moi. J'ai résisté aux tentatives de me faire culpabiliser, ou de me refiler la tâche par des moyens détournés.
C'est une petite victoire :)
Parfois j'ai envie de quitter mon boulot ; mais quand j'y obtiens des mini-satisfactions comme celle-ci, cela m'encourage à rester
car je réalise que j'y apprends beaucoup sur les relations humaines et l'affirmation de soi.
Comment sait-on si notre métier, l'endroit où l'on habite, les activités que nous avons, sont ce qu'il nous faut ? Comment sait-on que c'est
cette vie-là qui nous convient et pas une autre ?
J'envie ceux qui savent. Qui veulent faire tel métier par vocation. Qui sont tombés amoureux de tel lieu. Qui ont suivi quelqu'un à l'autre
bout du monde. Ils savaient quel était leur but, et ils ont tout fait pour l'atteindre.
Moi je ne sais pas, je suis dans le flou, et je déteste ça.
Je sais juste que ma priorité, ce sont les relations familiales, amicales, amoureuses.
Mais est-ce une raison pour négliger les autres aspects de ma vie ? Et si ce n'était qu'une question de motivation ? Et si je
manquais d'énergie pour m'accomplir pleinement à cause d'un manque ?
Certaines personnes autour de moi me disent parfois : "Profites-en ! Pars à l'étranger, va faire ci, va faire ça..." Cela me frustre plus qu'autre chose. Parce que oui, je sais, j'ai plein de
possibilités. Mais - comme me l'a fait remarquer P (comme Psy) - d'une,"trop de liberté tue la liberté". Et de deux,ces personnes ont-elles été capable de faire ce qu'elles m'encouragent à faire ? Ne me demandent-elles pas de faire ce que elles regrettent de
ne pas avoir accompli ?
Et, pour revenir à des choses plus terre-à-terre : et si je claquais la porte de mon boulot ? Parfois je m'y sens pousser des ailes, parfois j'ai l'impression de régresser. Comme aujourd'hui où
je me suis retrouvée confrontée à un problème que je croyais réglé depuis longtemps...
Ils ont dit